Projet Tour Eiffel : des avancées considérables obtenues par les écologistes
Photo Tour Eiffel

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Le projet d’aménagement du site Tour Eiffel, qui suscitait depuis son lancement en 2019 les réserves des élu·es écologistes de Paris. d’associations et d’autorités indépendantes, a été considérablement amélioré grâce à l’adoption d’un vœu et d’un amendement présenté par les élu·es écologistes en Conseil de Paris. Pour rappel, il s’agit d’un gigantesque projet de réhabilitation de 50 hectares s’étalant sur les 7e, 15e et 16e arrondissements, couvrant le périmètre de deux sites classés, de nombreux monuments historiques et nécessitant 3 permis d’aménager et 3 permis de construire. Retour sur le projet initial et les avancées obtenues en matière d’écologie et de démocratie locale.

Le projet initial : un apport environnemental très limité et des inquiétudes sur les mobilités et l’accessibilité

Alors que le dossier présenté faisait état d’une « végétalisation importante », ces données ont été contestées par l’Autorité Environnementale (AE), dont l’avis est particulièrement sévère : l’augmentation de la place du végétal n’était en réalité que très marginale. 

La réduction de la largeur des pelouses du Champ-de-Mars et la mise en place de pelouses techniques surélevées et encadrées par des bordures minérales posaient par ailleurs de sérieux problèmes. Ce dispositif, extrêmement onéreux, aurait contribué au morcellement et à la minéralisation du site, tout en ayant un effet limité en matière de préservation de la biodiversité et de résilience écologique. Il avait également  été pointé du doigt par la Commission des Sites et l’Architecte des Bâtiments de France comme altérant de façon irréversible le site classé. 

En ce qui concerne les mobilités, deux problématiques majeures sont ressorties de l’analyse de l’Autorité environnementale et des associations concernées : l’absence de continuités cyclables dans le projet dans sa version initiale, alors même que le nombre de cyclistes à Paris a bondi depuis le premier confinement, et les reports de circulation liés à la fermeture du Pont d’Iéna. Ces reports auraient conduit à une modification d’arrêts de bus, un allongement des temps de circulation de certaines lignes destinées à rejoindre le Pont de l’Alma et une augmentation du trafic dans des rues habitées accueillant des écoles. 

Un projet en lien avec les J.O. 2024, tourné vers l’événementiel et le tourisme de masse

Enfin, les orientations privilégiées initialement en matière d’usage du site sont fortement contestées : l’objectif premier, assumé par l’exécutif, était d’améliorer l’expérience de visite des touristes durant les J.O. La réduction de la taille des pelouses en était symptomatique, puisqu’elle devait permettre aux touristes de se déplacer plus facilement sur le Champ-de-Mars pour y faire des selfies, au détriment des Parisien·nes qui auraient eu moins d’espaces verts à leur disposition. De même, l’installation de bagageries et commerces, situées en dehors de l’enceinte de la Société d’Exploitation de la Tour Eiffel (SETE) participe de la privatisation et de la marchandisation de l’espace public. Alors que la crise du Covid-19 aurait dû en être le déclencheur, il s’agit là d’ «une occasion manquée pour la Ville d’engager une véritable réflexion sur un tourisme durable, plus local et plus en phase avec l’aspiration des habitant.e.s de disposer de lieux de respiration», comme l’explique l’une des co-secrétaire du groupe local EELV du 16e arrondissement.

Face à ces nombreuses problématiques, le Groupe Écologiste de Paris a engagé, dès le commencement du projet, des négociations avec l’exécutif parisien, dans le but de permettre la réhabilitation du site, comme souhaité par la majorité, sans pour autant compromettre le bien-être des Parisien·nes. Deux vœux ont d’abord été déposés en ce sens par les élu·es écologistes du 15e arrondissement, le dernier ayant été retiré au profit d’un vœu encourageant de l’exécutif, qui intégrait un certain nombre des demandes émises par notre groupe. Le projet nécessitant une modification du Plan Local d’Urbanisme, il a été soumis au Conseil de Paris lors de la séance du 8 au 11 février 2022. 

Des avancées notables obtenues par l’adoption d’un voeu et d’un amendement des élu·es écologistes en Conseil de Paris

Suite à cette séance, EELV Paris se félicite de l’adoption du voeu présenté par le Groupe Ecologiste de Paris demandant la création d’une commission ad hoc destinée à réguler la gestion du site Tour Eiffel, ainsi que du vote de l’amendement des écologistes établissant un moratoire sur la partie concernant le réaménagement des pelouses du Champs de Mars. La quasi-totalité des demandes des élu·es écologistes, appuyé·es par l’engagement sur le sujet des militant·es EELV 7e, 15e et 16e arrondissements, a été entendue. Nous avons en effet obtenu satisfaction sur les points suivants :

Sur le maintien des espaces verts et la protection de la biodiversité  :

  • Réduction du nombre d’arbres abattus. L’étude d’impact initial prévoyait 60 abattages, tandis qu’à présent seulement 21 arbres seront abattus en vue du projet. 
  • Moratoire sur les aménagements du Champ de Mars (réduction de la taille des pelouses, installation de pelouses techniques) et refonte du projet.
  • Établissement d’un calendrier avec des périodes de repos complet pour la totalité des espaces verts du site, jusqu’à atteindre 250 jours par an. Limite des jours avec événements ou du nombre d’événements.

Sur les mobilités :

  • Maintien du couloir de bus traversant la Place Jacques Rueff et relie les 15ème et 16ème arrondissements
  • Création d’une continuité cyclable entre le haut et le bas du site Tour Eiffel

Sur l’aspect événementiel et touristique :

  • Cahier des charges strict pour l’occupation des kiosques à destination commerciale : priorité au made in France, label “fabriqué à Paris”, priorité aux commerces issus de l’économie sociale et solidaire, imposition du “zéro déchet” pour la restauration assise et refus du plastique à usage unique pour la restauration à emporter.
  • Réduction drastique de la pression événementielle sur le site à travers la création d’une Commission de gestion du Site Tour Eiffel, qui examinera et rendra des avis conformes à toute demande d’occupation de l’espace public. Imposition de deux cent cinquante jours de relâche totale où aucun événement n’aura lieu sur l’ensemble du site.
  • Publicité du calendrier des événements en début d’année pour plus de transparence dans l’octroi des conventions d’espace public et pour permettre aux services d’anticiper les potentielles dégradations.

Ainsi, seule notre demande de suppression des bagageries en dehors de l’enceinte de la SETE, lesquelles sont non seulement inutiles, mais favorisent l’accès des touristes à l’espace public au détriment des Parisien·nes, n’a pas été prise en compte et nous le regrettons. Nous pouvons cependant nous féliciter de la réussite globale des négociations entreprises par nos élu·es. Au sein des institutions, les écologistes au pouvoir agissent pour renforcer la démocratie et améliorer le bien-être de toutes et tous.

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